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La psychologie de la casse : les testeurs sont-ils des pessimistes qui s’ignorent ?

Vous avez déjà tapé « -1 » dans le champ du nombre de billets, juste pour voir ce qui se passe ? Alors vous avez l’« esprit testeur ». Pourquoi les testeurs ne sont pas des pessimistes, mais des réalistes professionnels, et pourquoi il faut quand même savoir déconnecter à 17 h.

L’équipe suisse pendant un atelier

Vous avez déjà voulu acheter un simple billet de train en ligne et, au lieu de cliquer sur « payer », vous vous êtes surpris à taper « -1 » dans le champ du nombre de billets, juste pour voir ce qui allait se passer ?

Si vous hochez la tête, félicitations. Vous avez l’« esprit testeur ».

Travailler dans l’assurance qualité a un drôle d’effet sur l’esprit. Quand on passe huit heures par jour à essayer activement de casser des choses, difficile de couper l’interrupteur à 17 h. Mais cette recherche permanente de défauts signifie-t-elle que les testeurs logiciels sont des gens négatifs par nature ? Sommes-nous des pessimistes qui s’ignorent ?

Parlons-en.

Le risque du métier : « Et si… ? »

La plupart des gens découvrent une nouvelle application en se disant : « Tiens, sympa, comment ça marche ? »

Un testeur regarde la même application et se dit : « Comment est-ce que je pourrais la faire planter ? »

Ce n’est pas parce que nous sommes grincheux ou que nous aimons gâcher la journée d’un développeur. C’est parce que notre métier consiste littéralement à imaginer le pire scénario avant qu’un vrai client ne le vive. Nous sommes payés pour demander « Et si… ? » toute la journée :

  • Et si quelqu’un tapait son nom uniquement avec des emojis ?
  • Et si on cliquait 14 fois très vite sur le bouton « Envoyer » ?
  • Et si le Wi-Fi coupait pile au moment de l’écran de paiement ?

Après quelques années dans le monde de la QA, cette pensée défensive cesse d’être une simple exigence du métier pour devenir un réflexe involontaire. On ne voit plus un produit numérique soigné, mais un fragile château de cartes.

Quand le travail déborde sur la vie

Ce qui est drôle (et parfois agaçant), c’est la manière dont cela déborde sur la vie de tous les jours.

Vous allez au restaurant, vous scannez le QR code du menu et vous remarquez aussitôt une faille dans la structure de l’URL qui expose sans doute les commandes des autres tables. Vous téléchargez un jeu vidéo à succès pour vous détendre un vendredi soir, mais au lieu de vous amuser, vous finissez par rédiger des tickets Jira dans votre tête, parce que le pied de votre personnage passe à travers les marches.

Vos amis hors de l’informatique pensent peut-être que vous vous plaignez sans arrêt. Eux voient une application qui fonctionne, vous voyez une catastrophe annoncée. Vous ne pouvez tout simplement plus ignorer les bugs.

Pessimistes ou réalistes professionnels ?

Alors, cela fait-il de nous des pessimistes ? Je ne crois pas. Je préfère parler de « réalistes professionnels ».

Un vrai pessimiste s’attend à ce que tout échoue et se contente de s’en plaindre. Un testeur s’attend à ce que les choses échouent, trouve précisément où elles vont échouer et aide à construire un filet de sécurité.

Nous ne cassons pas les choses parce que nous voulons qu’elles soient cassées. Nous les cassons parce que la qualité finale nous tient vraiment à cœur. C’est une forme d’amour exigeant. Nous faisons subir les pires épreuves au logiciel dans un environnement sûr, pour qu’il survive au monde réel.

Éteindre l’« esprit QA »

Ce qui nous amène au plus important : l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Voici la dure vérité : si vous passez tout ce qui vous entoure au crible pour y trouver des défauts, vous finirez en burn-out. Vous ne pouvez pas faire la QA de toute votre existence. Un esprit très critique est un super-pouvoir au bureau, mais il devient épuisant une fois la journée terminée.

Parfois, il faut simplement lâcher prise.

Si votre application bancaire met 4 secondes à se charger au lieu d’une, respirez et attendez. Si le menu d’une smart TV est maladroit et demande trop de clics pour trouver Netflix, cliquez sans redessiner mentalement toute l’UX. Personne ne vous paie pour trouver ces bugs un dimanche après-midi.

Être testeur ne fait pas de vous une personne négative. Cela fait simplement de vous quelqu’un qui sait que rien en ce monde n’est parfait – et apprendre à accepter cette imperfection est le meilleur correctif pour votre propre tranquillité d’esprit.

Rédigé par

Portrait de Natalia Szpręga

Natalia Szpręga

Quality Expert

Je travaille dans l’informatique depuis 14 ans, principalement comme testeuse logicielle, avec une expérience de Scrum Master et de développeuse. J’anime aussi des ateliers sur le test logiciel et sur la fabrication du pain. J’aime résoudre des problèmes et partager ce que je sais. En dehors du travail, j’adore cuisiner, randonner et courir, toujours à la recherche de mon prochain défi.

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