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Comment les innovations de la guerre électronique font avancer la cybersécurité, et bien plus encore

Les innovations de pointe issues de la défense, comme la guerre électronique, la fusion de données et l’IA, ne façonnent pas seulement le champ de bataille : elles influencent notre quotidien, du Bluetooth à la cybersécurité. La leçon essentielle : c’est en combinant capteurs, signaux et stratégies intelligentes que l’on reste résilient face à des menaces qui évoluent très vite.

J’ai toujours été attiré par les domaines de haute technologie où la précision se met au service d’une mission : du Rafale au Boeing 777, en passant par les processeurs cryptographiques et, plus récemment, le système Skynex de Rheinmetall, capable de détecter et de neutraliser des drones de manière autonome. Ces technologies peuvent sembler confidentielles, mais elles finissent toujours par se diffuser dans notre quotidien : le guidage GPS désormais standard sur les smartphones, l’ABS dans les voitures, la connectivité Bluetooth, et bien d’autres.

Dans le contexte géopolitique complexe d’aujourd’hui, les nouvelles menaces exigent des réponses sophistiquées. L’une d’elles est la guerre électronique (Electronic Warfare, EW), un domaine dont les progrès façonnent de plus en plus l’avenir de la cybersécurité. Prenons le saut de fréquence. Comment transmettre un message vocal par radio de façon qu’il reste inintelligible pour les oreilles indiscrètes ? Réponse : en découpant le message sur plusieurs fréquences radio, selon une séquence que seuls l’émetteur et le récepteur connaissent. Cette technique, appelée FHSS (Frequency Hopping Spread Spectrum), a été utilisée par Futaba dès 2010 dans ses radiocommandes pour avions de modélisme. Elle a ensuite trouvé sa place dans la technologie Bluetooth : vous savez maintenant pourquoi les clés d’appairage comptent !

La cybersécurité et la guerre électronique reposent sur un socle commun : le SIGINT (Signals Intelligence, le renseignement d’origine électromagnétique – rien à voir avec le signal UNIX !). Et mes années de travail sur le Rafale m’ont appris que la fusion de données en est un autre pilier. La fusion de données consiste à recueillir les informations de plusieurs capteurs et à les combiner pour faire apparaître des schémas qui resteraient sinon invisibles. Comme pilote de ligne, j’ai un jour entendu l’annonce « Minimum » dans le cockpit en pleine croisière, à 32’000 pieds ! Cette alerte, prévue pour l’atterrissage, avait été déclenchée par un radioaltimètre qui réagissait à un autre avion volant sous moi sur la même voie aérienne. La solution ? La fusion de données : recouper la vitesse et l’altitude fournies par d’autres capteurs pour supprimer les alertes non pertinentes.

Comme en cybersécurité, les opérations de guerre électronique suivent une triade :

  • Prévenir : des protections intégrées dès l’architecture, appuyées par des normes comme ED202, ED203 et DO-326 (pour la cybersécurité aéronautique).
  • Écouter : des réseaux de capteurs qui surveillent, collectent et archivent les données. Les cybercriminels appliquent souvent ce principe : collecter maintenant, déchiffrer (traiter) plus tard.
  • Attaquer : des réponses tactiques aux menaces – déception, leurrage ou manipulation de signaux (des techniques que j’applique en combat aérien simulé pour échapper aux radars ou aux missiles).

Le système SPECTRA du Rafale, monté sur sa dérive, en est un parfait exemple : il protège l’avion de manière autonome tout en fournissant au pilote des informations tactiques.

Nous avons fait beaucoup de chemin depuis mes années chez Nagra Kudelski, berceau du célèbre Nagra S. Aujourd’hui, les drones et les bots représentent une réelle menace de saturation pour les systèmes de défense. Pour les contrer, l’IA et la fusion de données seront les outils qui relient la résilience numérique à la défense physique.

Si vous travaillez à la croisée de la cybersécurité, de l’aéronautique et de la défense, ou si vous êtes simplement curieux de savoir comment les systèmes de haute technologie façonnent notre monde, j’aimerais beaucoup échanger avec vous. Fusion de données, modélisation synthétique ou stratégie opérationnelle : c’est en collaborant que l’on garde une longueur d’avance. Contactez-moi et partagez votre point de vue.

Le Nagra S (vidéo en anglais) :

Rédigé par

Portrait d’Alexandre Bauduin

Alexandre Bauduin

Quality Expert

J’aide les équipes à comprendre comment leurs systèmes se comportent quand la réalité se complique. Je repère les schémas qui échappent aux autres et je les explique simplement. En dehors du travail, je bricole de petits montages électroniques et je remets en état des appareils, surtout parce que j’aime savoir exactement comment et pourquoi les choses tombent en panne.

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